Nous pouvons apprendre et maîtriser le Français ou l'Arabe, connaître peu ou prou les cultures et croyances que ces parlers véhiculent. Nous pouvons nous exprimer fort bien dans ces langues, jouer avec la complexité de leur sémantique, apprivoiser les subtilités de leurs syntaxes, habiller nos émotions de leurs mots. Nous pouvons nous imprégner de la poésie de Baudelaire ou Omar khayyam, et atteindre le seuil à la fois pratique et mental à partir duquel elles ne sont plus pour nous des langues étrangères. Elles pourront donc à ce moment là prétendre faire partie de nous.
Mais il y a des voies d'admission intimes qui leur seront toujours refusées. Car il subsiste toujours au fonds de chaque 'primo-locuteur' une partie protégée, des compartiments profonds et secrets où bat le cœur de notre authenticité. Cette source de nos chants et de nos songes, ce sanctuaire lumineux où reposent Si Mohand Ou M'hend, Fadhma ait Mansour, Lounes Matoub et tant d'autres, seule notre langue maternelle, le Kabyle, en possède la clef.
Une langue, ce n'est pas seulement le parler, mais c'est aussi le regard sur les êtres et les choses, une façon de se concevoir, d'établir des liens et de s'approprier le monde. Cela est valable pour toutes les langues maternelles et les québécois qui luttent pour la survie de leur langue défendent en vérité leur existence même.
Celle ou celui qui perd sa langue perd non seulement son identité mais coupe le chaînon qui le relie à sa transcendance. Et donc se sépare définitivement de lui même.

Lounis Challab.

La langue de nos mères.

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