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Militant, à la fois politique et syndicaliste, Gaid Mouloud, de son nom de guerre Si Rachid, assume de hautes responsabilités avant et pendant la Guerre de libération. Sa vie a été une succession de luttes pour les libertés et l’émancipation et une quête renouvelée pour l’identité, dont son combat pour la réhabilitation de la dimension amazigh.

Né le 20 janvier 1916 à Timengache (petite kabylie), wilaya de Sétif, Gaid Mouloud passe le certificat d’études en juin 1929, puis est transféré au collège du champ de manœuvres (El Idrissi). Il passe avec succès le brevet élémentaire et supérieur en 1935 et est admis au collège de Médéa où il est diplômé en 1938. A sa sortie, il est mobilisé et rejoint les 5e tirailleurs de 1938 à 1940. Démobilisé il est nommé instituteur à Ifren (Bougie) puis est muté à Guenzet. Là, il est déclaré «anti Français et envoyé par mesure disciplinaire au Sud, à Djrid, école réservée surtout aux nomades «qui viennent y séjourner quelques temps. Durant l’année 1943-1944 il est nommé à l’école de Bou Ayachen, commune mixte des Bibans. Mouloud y rencontrera des gens très intéressants, dont Si El Mouhoub Ouel Mouhoub, un grand savant qui fut secrétaire particulier du sultan Abdelhamid de Turquie de 1916 à 1919, puis il fut nommé consul de France à Djeddah (le premier algérien à avoir occupé cette fonction).

En avril 1943, il est de nouveau mobilisé, cette fois-ci aux 7es tirailleurs de Héliopolis (Guelma). Il est démobilisé une année après pour cause de maladie. Il est nommé directeur de l’école de Zemoura (Bibans), puis muté à Bordj Bou Arréridj. Mouloud Gaid est alors membre du comité central de l’UDMA. Dès 1955, l’école est fermée et il est muté en qualité de surveillant général au collège technique de Sétif.

Il active d’abord dans sa région natale, premier bastion du colonel Amirouche, avec lequel il entretient des relations suivies jusqu’à la mort de ce dernier au Djebel Thameur près de Bou Saâda. Au demeurant, c’est dans la maison familiale à Timengacht que se sont effectués les premiers regroupements des dirigeants de la lutte armée à quelques jours seulement du congrès de la Soummam qui allait se tenir non loin de là.

En 1955, il est adjoint de Aïssat Idir, fondateur de l’UGTA, et le 9 juillet 1956, il est nommé à la tête d’une délégation de la Centrale et se rend à Bruxelles pour parapher son adhésion officielle à la Confédération internationales des syndicats libres (CISL).

Puis Mouloud se déplace en Tunisie pour représenter la centrale syndicale auprès des organisations internationales. En décembre 1956, il est désigné par le CEE membre de la délégation FLN à la Conférence des pays indépendants d’Afrique aux côtés de M’hamed Yazid et Benyahia. Il est chef de la délégation syndicale à la réunion des syndicats arabes au Caire, puis chargé de mission à Rome, Madrid, Tanger, Rabat, Genève, Bonn. Le 20 août 1957, il est présent à la réunion du CNRA au Caire, comme consultant de Krim en dehors des séances. C’est à cette période qu’il apprend sa condamnation par le tribunal d’Alger à 20 ans de travaux forcés par contumace.

En 1958, Mouloud participe à l’exécutif du CISL à Bruxelles, ensuite au Congrès de Tunis. Puis il conduit la délégation de l’UGTA à la Conférence régionale des syndicats africains à Accra (Ghana), puis à celles de Tanger et de Tunis. En 1959, Mouloud devait être désigné à Rome, mais n’y restera qu’un mois, le représentant algérien en place ne voulant pas céder sa place.

Quand le GPRA est proclamé le 19 septembre 1958, Mouloud Gaid est choisi par Mohamedi Saïd en qualité de directeur de cabinet. A l’indépendance, il est élu député à la première assemblée constituante (1962-1964).

Entre temps, il est l’auteur de cinq manuels scolaires d’histoire destinés aux élèves primaire et traduits vers l’Arabe, en 1963, par une maison d’éditions libanaise.

Après un passage à Air Algérie en tant que directeur commercial (1966), il reprend le chemin des classes et devient inspecteur des enseignements élémentaire et moyen. Il fait valoir ses droits à la retraite en 1971. Mais il est de nouveau sollicité en 1973 pour occuper le poste de directeur général de l’entreprise communale du Grand Alger jusqu’en 1978.

Mouloud se consacre alors, à sa grande passion: l’écriture de l’histoire qu’il avait entamée au début des années soixante-dix avec « Aguallids et Romains en Berberie » (1971), L’Algérie sous les Turcs (1973), puis « Histoire de Bougie et sa région » (1976), « Chronique des beys de Constantine » (1980) « Les Beni Yala » (1989), « Les Berbères dans l’histoire » (1990), « Mokrani » (1993), « Les Berbères en Espagne, les Berbères au service des Fatimides »…

En 1995, il rejoint le Haut commissariat à l’amazighité : il a 80 ans. Il y laisse le souvenir impérissable d’un grand monsieur. Ses jeunes collègues gardent de lui cet enthousiasme juvénile que l’âge n’a pas émoussé. Ce monument d’intégrité prend du recul à partir de 1999, affaibli par la maladie.

Le frère aîné de Malika Gaïd — mort au maquis en 1956 — prend son envol vers le panthéon de l’Histoire, par une belle journée printanière. Il meurt dans la nuit du 5 au 6 décembre 2000.

Sources :

Cela s’est passé un 20 janvier 1916 … Naissance de l’historien Gaid Mouloud

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