Le peuple français comprendra t-il enfin que ses gouvernants le mènent à l’abîme ? (Expurgé du Journal EL MOUDJAHID n°3 de 1956)
 Tous les hommes sensés que la question algérienne intéresse doivent se demander ce qui autorise Mr Lacoste à afficher tant d’optimisme devant une situation plutôt dramatique. Six cent mille soldats français se révèlent insuffisant pour contenir l’ALN. Les embuscades se multiplient sur tout le territoire algérien et deviennent de plus en plus meurtrières. La liste des victimes françaises s’allonge tous les jours. Parallèlement au succès de l’ALN, le FLN se renforce chaque jour davantage. Et cependant, Lacoste répétant sans cesse, tel Candide, « que tout va pour le mieux pour le meilleur des mondes ». C’est que Mr Lacoste dispose d’une carte maîtresse, d’un atout majeur, d’une bombe ultra secrète qui doit pulvériser la rébellion algérienne. Lacoste, Soustelle, Mollet, Lejeune, Ollie, Pantal, Longchamp et bien d’autres sommités politiques, militaires et policières ont conjugué leurs efforts pour inventer une véritable machine infernale, qui déclenchée à l’heure H, devra ébranler tout le système rebelle et par la suite emporter la décision. La Kabylie, département-pilote, a été choisie pour servir de champ d’expérience. Une fois ce bastion de l’ALN réduit, et devant l’effet de surprise, les Algériens mettront bas les armes. En quoi consiste cette bombe ?
Mr Soustelle et ses policiers Pontal et Longchamp d’accord avec les dirigeants du clan des Borgeaud et Serigny imaginèrent, il y a un an, un plan pour pacifier, l’Algérie en partant de la Kabylie.
A cet effet, ils décidèrent d’organiser dans une clandestinité absolue des groupes armés contre-terroristes en Kabylie (il est à préciser que cela n’a rien de commun avec les habituelles harkas organisées au vu et au su de tout le monde).
Trois algériens, trois responsables clandestins du FLN : Ahmed Zaidat, Tahar Achiche et Mohamed Yazouren, que les services de renseignements de Soustelle considéraient comme des « serviteurs surs » pour être organisés en groupe de quinze à vingt (exactement comme les groupes de l’ALN). Ces groupes, une fois encadrés par des officiers et sous-officiers choisis par les colonialistes d’Algérie les plus impénitents, devaient dans l’esprit de ces messieurs du C.G liquider l’ALN en Kabylie et partir à la reconquête de l’Algérie, voir de …..L’Afrique du Nord.
Les patriotes Zaidat, Achiche et Yazourene vinrent trouver les responsables de la Kabylie Belkacem Krim et Said Mohamedi et les mirent au courant des intentions du retors Soustelle. Ordre leur fut donné d’accepter le « travail ». Le recrutement, l’organisation et l ‘armement des groupes furent faits en un rien de temps. Il va de soi que tous les hommes furent choisis parmi les meilleurs militants du FLN.
Lorsque Robert Lacoste vint prendre la relève de Jaques Soustelle, ce dernier, en lui passant les consignes, insista sur cette « importante affaire ». Notre nouveau gouverneur faillit attraper une syncope de joie. « Voilà, s’écria t-il, le meilleur truc pour nous débarrasser des fellaghas ».
Lors de la dernière réunion de nos principaux responsables oranais, algérois et Constantinois, il fut décidé que ces groupes armés s’intégreront dans les rangs de l’ALN et prendront part à l’offensive d’automne qui sera déclenchée sur tout le territoire national, le 30 septembre 1956 au soir.     
 

 

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