Abdelkader-Yaici-250x250.jpgSi Abdelkader Yaïci dit Si Nouasri, l’ex-membre du ministère de l’Armement et des liaisons générales (MALG) s’est éteint, mardi dernier à Sétif, à l’âge de 90 ans.

Moudjahid de la première heure, Si Abdelkader a survécu au colis piégé envoyé par les services spéciaux (la Main rouge), le 1er janvier 1960, à Frankfurt (Allemagne), où il était en mission de prospection, d’achat et d’acheminement d’armes pour l’ALN. Issu d’une famille de commerçants, le natif de Souk Oufella (Ath waghlis Béjaïa) rejoint Sétif où il milite au sein de l’UDMA sous l’égide de Ferhat Abbas. Après le déclenchement de la Révolution, Si Abdelkader fera partie des premières cellules du FLN sous la direction de Ali Oubouzar, commissaire politique de Sétif, où il active au sein d’un groupe chargé de la collecte de fonds, du ravitaillement et de l’habillement.

Le dynamisme de la section qui répond aux besoins des Wilayas I, II et III empoisonne la vie à l’armée coloniale. Pour un tel «délit», celle-ci exécute en septembre 1957, à l’intérieur d’une caserne de Sétif, Si Kacem Bousbaha, Amokrane et Abalache, deux frères de Si Abdelkader, obligé de quitter le pays. A Tunis, Si Nouasri est chargé par le colonel Amirouche de la prospection, de l’achat d’équipements militaires et du ravitaillement des djounoud aux frontières. Après le Congrès de la Soummam, Si Abdelkader Yaïci est désigné par le colonel Ouamrane (responsable du département armement et ravitaillement) chef de mission d’achat d’armes en Allemagne.

Malgré les dangers encourus, Si Abdelkader honore toutes les commandes formulées durant son séjour en Allemagne, de 1957 à 1960. Etant dans le collimateur des services spéciaux français, l’émissaire du FLN échappe à plusieurs attentats et tentatives d’enlèvement. L’élimination de Si Abdelkader devient une affaire d’Etat. En effet, l’opération est planifiée au domicile du Premier ministre de l’époque, Michel Debré. C’est le colonel Martillat qui se chargera de la besogne à l’aide d’un colis piégé. Croyant recevoir un cadeau de la banque Fur Gemenversha, le 1er janvier 1960, Si Abdelkader est soufflé par une déflagration qui lui arrache les deux mains et lui occasionne d’innombrables blessures au visage et sur tout le corps.

A l’indépendance, il rentre à Sétif en compagnie du président Ferhat Abbas. Le grandiose accueil de la population le console face au sacrifice consenti. Malgré l’amputation des deux mains, des tympans éclatés, Si Abdelkader, qui avait l’Algérie dans les veines, continue à servir la patrie. Désigné dans un premier temps vice-président de la délégation spéciale de la mairie de Sétif, l’inusable moudjahid sera par la suite élu au premier Parlement (Assemblée constituante) de l’Algérie indépendante.

Les innombrables faits d’armes n’ont pas changé Si Abdelkader, resté égal à lui-même, c’est-à-dire humble. Attaché à Sétif où il jouissait du respect et de considération, le brave a été enterré, hier, au cimetière de Sidi El Khier qui accueille un des meilleurs fils de cette terre si fertile et si généreuse. Composée de nombreux compagnons et camarades du MALG, des proches et amis venus des quatre coins du pays, une foule nombreuse a accompagné à sa dernière demeure Si Abdelkader qui a, faut-il le rappeler, donné du fil à retordre à l’armée française.

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