Mouloud GaidLes Turcs ne modifièrent en aucune sorte cet état de choses. 
Le pouvoir du Caïd turc à Bejaia ne dépassait pas la banlieue de la ville ; celui des commandants des garnisons ne concernait que les janissaire en exercice ou en retraite; ils étaient là uniquement comme forces de police pour servir d'appui aux chefs traditionnels dans leur collecte des impôts ou, épaulés par le makhzen, obliger les récalcitrants à se soumettre aux obligations générales.
La colonisation française, après une lente évolution dans son administration, institua des assemblées communales où les représentants de la population étaient sensés débattre ses problèmes, mais la Djamaa de chaque village ne se départit jamais de son rôle au service de la collectivité.

(Toutes les traditions sont demeurées intactes jusqu'à l'indépendance La révolution a produit un éclatement de la famille, de la société même il y eut un changement radical dans les mœurs dans les traditions dans les rapports avec les voisins-mêmes). 
2) Activité économique:

Pays très accidenté et relativement pauvre ; population très dense mais courageuse et laborieuse, hommes et femmes travaillent. Partout, à la maison, dans l'échoppe, au jardin, aux champs, chacun selon ses possibilités produit l'un pour assurer la subsistance familiale, l'autre pour faire prospérer ses affaires. Aussi les marchés hebdomadaires abondent-ils en tapis du Guergour, couvertures (hanbal) de Zemmoura, tentures des Béni-Oughlis et des Béni-Ourtilane, burnous des Béni-Abbas, étoffes aux couleurs chatoyantes importées d'Alger, de Constantine, de Tlemcen; épices des Gaouaoua, caroubes, huile et beurre, miel, légumes et fruits, moutons, chèvres, vaches, bœufs, ânes, mulets, etc Les transactions importantes se font le jour du marché. Les commerçants drainent leurs marchandises vers les villes de l'intérieur ou vers le port de Bougie pour l'exportation. 

En plus des produits de l'arrière-pays, le commerce local s'enrichit des produits de luxe fabriqués par les artisans Bougiotes: chaussures féminines, étoffes en soie, ustensiles en cuivre, bois de chêne, de noyer et de pin, cuirs tannés de grande qualité, etc ... 

Cette activité intense faisait de Béjaia un port international grâce aux transactions avec les puissances étrangères qu'opéraient les Béni-Hammad, puis les Béni-Hafs. 

La ville n'avait pas cent ans d'existence quand El Idrissi écrivait: «de nos jours, Bejaia fait partie de l'Afrique moyenne, et est la capitale des Béni-Hammad. Les vaisseaux y abordent, les caravanes y «viennent et c'est un entrepôt de marchandises. Ses habitants sont « riches et plus habile ,dans divers arts et métiers qu'on ne l'est «généralement ailleurs, en sorte que le commerce y est florissant « les marchands de cette ville sont en relation avec ceux de l'Afrique occidentale, ainsi qu'avec ceux du Sahara et de l'Orient; on y entrepose beaucoup de marchandises de toute espèce. Autour de la ville, sont des plaines cultivées, où l'on recueille du blé, de l'orge et des fruits en abondance. On y construit de gros bâtiments, des navires et des galères,.car les montagnes et les vallées environnantes sont très boisées et produisent de la résine et du goudron d'excellente qualité; variété de viandes. Dans ce pays, le bétail et les troupeaux réussissent à merveille et les récoltes sont tellement abondantes, longtemps ordinaire, elles excèdenbesoins des consommateurs et qu'elles suffisent dans les années de stérilité. Les habitants de Bougie se livrent à l'exploitation des mines de fer (27) qui donnent de très bon minerai. En un mot, la ville est très industrieuse, c'est un centre de communications très important...
Les premiers traités de commerce avec les négociants Pisans remontent au XI siècle. Marseillais, Génois, Vénitiens et d'autres républiques de l'autre rive de la Méditerranée possédaient des représentants ou consuls à Bougie chargés des transactions avec les particuliers et avec le gouvernement. Les rivalités entre les firmes, si elles favorisaient la concurrence et le choix des partenaires, mettaient parfois le gouvernement en difficulté diplomatique avec les nations des plaignants. Il arrivait aussi que les intéressés se liguaient contre le gouvernement pour imposer leurs conditions. Ainsi en 1138, Gênes s'entendit avec les communes et les seigneurs Marseillais, d'Hyères, de Fréjus et d'Antibes pour la pratique de transactions sans concurrence à Béjaïa, mais ces manœuvres n'aboutissaient que rarement dans la pratique, étant donné, la rivalité des partenaires et l'esprit mercantile de chacun que le gouvernement savait exploiter à son profit.

Tant que l'Emir de Béjaïa dépendait du sultan de Tunis, les traités signés par ce dernier étaient applicables à Béjaïa, mais depuis que Béjaia s'érigea en principauté autonome, les traités étaient directement signés par l'Emir et n'intéressaient que ses villes. 

Les traités signés à cette époque étaient à peu près communs à ce qui se pratiquait ailleurs. Nul officier, ni sujet musulman ne devait gêner les opérations commerciales. Les chrétiens restaient entièrement maîtres de vendre leurs marchandises ou de les renvoyer en Europe, s'ils ne trouvaient pas à s'en défaire avantageusement; mais les relations commerciales étaient essentiellement limitées aux villes de la côte. Les traités n'admettaient pas qu'une nation chrétienne put prétendre accaparer tel ou tel produit pour nuire au commerce d'un autre concurrent. Les représentants administratifs éventuellement, sinon les commerçants algériens, étaient seuls habilités à effectuer les transactions à l'intérieur du pays; ils se rendaient dans les marchés hebdomadaires et installaient des dépôts dans les villages importants où de simples particuliers pouvaient écouler leurs produits. Cette précaution permettait au gouvernement de contrôler les prix, assurer l'écoulement de la marchandise et de se réserver certaines denrées (28). 

A l'époque turque, Marseille, Gênes et les autres villes européennes avec lesquelles les deys étaient liés par traités venaient trafiquer sur le marché de Bougie. Les éléments principaux de leurs transactions étaient, comme toujours: le commerce des cuirs, huile, cire, laine, étoffes, bois, etc ... 
Quand le trafic avec l'étranger connaissait une baisse, en raison des conflits qui opposaient le dey aux nations étrangères, les exportations se faisaient vers les ports d'Oran, d'Alger, de Bône et de Tunis, d'où les marchandises étaient acheminées vers les marchés intérieurs du Maghreb, de Tunisie et de Tripolitaine. Le transport des bois de construction fournis par les Béni-Amrous et les Béni-Mohamed était monopolisé à Bougie par le Caïd El Karasta de la famille de Saïd-Ou-Ahmed des Aït Mimoun.

A l'époque du colonisateur française, celle-ci, s'étant accaparé de l'économie du pays, les activités des musulmans se réduisent considérablement. La politique des nouveaux possédants étant lié à des gros colons, les produits agricoles constituèrent la grande masse des exportations; de ce fait, l'importation de produits manufacturés de la Métropole ne laissait que peu de place aux artisans et petits possédants autochtones.

Le transport maritime monopolisé, mettant fin à l'existence d'armateurs indigènes, était beaucoup plus axé vers les ports d'Alger et d'Oran desservant des régions agricoles très riches. Le commerce de Bougie se dilua donc dans la masse des mouvements transactionnels de la colonie pour ne représenter que 11 % de la totalité. 

Pendant que les citadins bougiotes trouvaient, tout de même, emploi et activité, mais à peine suffisants à leurs besoins, les populations de l'arrière pays, après avoir vécu pendant longtemps de leurs propres ressources, finirent par se tourner vers les grands centres ruraux pour effectuer leurs transactions d'ailleurs limitées aux achats du strict minimum (étoffés, céréales, ustensiles divers) et à la vente de surplus de leurs propres produits (figues, huile, poteries, produits de vannerie), et, le pays pauvre dans la majeure partie de son étendue en raison de la nature même de son sol, (les meilleurs terres étant occupées par la colonisation et ses suppôts), les populations se trouvèrent acculées à l'émigration ou à une vie précaire à peine supportable.

L'Algérie indépendante s'efforce de redresser partout la situation désastreuse héritée du colonialisme français en multipliant les crédits aux zones déshéritées, et aux régions les plus atteintes par la guerre. Cette région attend beaucoup de la révolution industrielle et de la révolution agraire. L'aboutissement de l'oléoduc, les projets d'industrialisation de la banlieue de Bougie, et la mise en valeur de la vallée laissent espérer dès maintenant une reprise d'activité et des jours meilleurs pour l'ensemble de la population ... En sera-t-il ainsi?

3) Activité culturelle

L'instruction à l' intérieur du pays était dispensée dans les mosquées et dans les zaouïa dont certains cheikhs étaient connus pour leur érudition, leurs connaissances parfaites de la grammaire et du droit coranique. La majorité des étudiants, qui terminaient leurs études en ces lieux, retournaient dans leur village pour servir d'imam, professeur et cadi à la fois; les autres plus audacieux ou plus fortunés, partaient dans les grandes capitales chercher fortune et savoir, mais Bougie, la plus proche, et aussi bien nantie, retenait la majorité d'entre eux. En effet, quand Moulay En Nacer quitta la Kelâa et ses beaux palais, emportant dans ses coffres les objets les plus précieux, et dans sa suite : des professeurs, des poètes, des Imams, des cadis et des muphtis parmi les plus savants, il désira faire de sa nouvelle cité une capitale encore plus brillante par le nombre et la valeur de ses édifices, la qualité de ses artisans et le niveau culturel de ses sujets. Aussi, légua-t-il à ses successeurs et à ses sujets des biens impérissables et des plus précieux qu'ils mirent au service et à la portée de tous.Ils aidèrent les populations voisines à progresser en tous les domaines en leur offrant les plus larges possibilités d'apprentissage auprès de maîtres (artisans, enseignants) encouragés à s'établir à Béjaïa. L'assimilation des techniques et des idées si arides fussent elles ne connut pas d'obstacles majeurs, car, dès que, sorti de son cadre villageois et tribal, dégagé des chaînes traditionnelles, descendu des hautes crêtes isolées et arides, le jeune Kabyle retrouve la plénitude de ses moyens physiques et intellectuels. D'une manière générale, il s'adapte facilement au milieu dans lequel les circonstances l'obligent à vivre. Il assimile aisément les idées et les techniques nouvelles auxquelles souvent il imprime sa personnalité. Chaque époque a laissé à la postérité des œuvres d'hommes qui se sont illustrés en divers domaines: Masinissa, Jughurtha, Hiempsal, Juba Il, Tarek, et tant d'autres, et pour cette époque : Ali Mohamed Zouaoui, Ghobrini Abou Mohamed, Hellal Ben Younès El Ghobrini, Abdellah Ben Youcef El Ghobrini, Abou El Abbas El Ghobrini (tous de la Kabylie du Djurdjura. Cette famille fournit aux Béni-Hammad et aux Béni-Hafs, toute une lignée de cadis), Aoudjhane Soleïman, Mohamed Ben Ibrahim-El Ouaghlissi, Mohamed El Mansour-EI Colli, Omar Ben Abdelmohcine-EI Oudjhani (Akbou), brahim Ben Mimoun (Babor), Ibn Sald Annas de la famille royale des Béni-Hammad (29).
Les dynasties Hammadites et Hafsides eurent à leur service de nombreux fonctionnaires, magistrats, officiers issus de modestes familles des villages voisins ou de la région (Djurdjura - Biban - Babor). Grâce à eux, et dans une grande proportion, la ville de Bejaia conserva pendant longtemps son auréole de grande capitale musulmane et du Maghreb. Faut dire qu'elle le dut aussi à la présence d'éminents professeurs venus d'Andalousie et d'ailleurs, et de nombreux Walis établis dans la capitale ou dans les environs : Sidi Yahia, Sidi Abdelmalek, Abou Mohamed Ben Abdelmàlek, Abou Abdellah Mohamed Ben Ahmed El Afri El Kelaï, Abou Zakarya El Merdjani El Mosli, Sidi Brahim El Bejaoui, Sidi Aïssa Ben Nacer, Sidi Bouali, etc ...

La chute de la dynastie des Hafsides à Bougie, provoquée par l'invasion espagnole, mit fin à la prospérité de cette ville en tant que centre politique, économique et intellectuel du Maghreb, maîtres et étudiants se dispersèrent dans le pays.

La libération de la ville par les Turcs permit aux transfuges andalous et à un certain nombre de savants de réanimer le flambeau de la civilisation arabo-berbère et de donner, dans une certaine mesure, à la jeunesse locale les moyens de s'élever à un certain niveau intellectuel, mais Bejaia, simple ville du Beylec ne reprit plus l'éclat et le rayonnement d'antan, ni dans ses possibilités économiques, ni dans son rôle intellectuel.

La colonisation française étouffa à jamais les derniers foyers, laissant le soin aux Zaoui d'enseigner, dans des limites précises, des notions générales sur la langue et le droit musulman. Mais elle créa des écoles de langue française où, en dépit d'une réglementation stricte, une élite réussit à émerger et à s'Imposer pour entreprendre avec succès des études supérieures à l'université d'Alger ou dans les universités de France. L'économie, dans sa quasi-totalité détenue par les colons, ne profita qu'à ceux-ci.

Texte de Mouloud GAID (Historien)

Extrait de "HISTOIRE DE BEJAIA ET DE SA REGION" depuis l'antiquité jusqu'a 1954 - Edition MIMOUNI 1976 

Notes :
(1) Les Romains désignaient par Quinquegentiens les cinq tribus les plus importantes de la Kabylie qui les avaient continuellement combattus et ne s'étaient jamais soumises. C'étaient: ifenaïen, Imsissen (sur le versant oriental), Ait Irthèn, Ait Feraoucen, Ait Ghobrini ( sur le versant occidental ). 
(2) Receuil des notices et mémoires de la Province Constantine, p. 304 
(3) Ibn Khaldoun. - Histoire des Berbères T.I pp 257-7.
(4) Idem, p. 291. 

(5) Les français prétendaient que la tribu d' Idjissen descendaient de Carthaginois en raison de leurs mœurs et du type de tatouages portés par leurs femmes. 
(6) C.L. Feraud. - Revue africaine, 1857, n° 12. 
(7) El Yacoubi ( Abou El Abbas Ahmed Ibn Yacoub ) d'une famille de hauts fonctionnaires de l'empire abbassides, fut lui même homme de gouvernement auprès de plusieurs souverains orientaux plus ou moins dépendants de Baghdad. Pour le service de ses maitres ou pour sa propre satisfaction, il voyagea beaucoup, séjournant dans les pays et y menant des enquêtes. Agent au pouvoir, et moins géographe qu'historien, il se montre avant tout curieux des populations et des revenus que l'Etat en tire. Il a écrit le résultat de ses investigations dans le « Kitab el Buldan ». Il mourut en 284 (897. J.C) 
(8) Les Afariq sont les Béni-Fergan (Berbères romanisés, les africains en langue berbère). Persécutés par les Vandales, ils se regroupèrent autour des places fortes quand vinrent les Byzantins, ils y étaient quand vinrent les Arabes. Les guerres les acculèrent à décrocher pour se réfugier dans les montagnes qui prirent leur nom : Béni-Fergan. Ceux qui demeurèrent dans la plaine autour des centres fortifiés devinrent musulmans très tôt, mais on continua à les appeler les Béni-Fergan.
(9) On appelait cette montagne «Adrar Imsyouen » la montagne d'Imsyouen du nom de la tribu qui y habitait cette partie s'appelait Timsioueth
(10) Les Espagnols l'appelèrent Bugia d'où les Français tirèrent le nom le nom Bougie.
(11) et (12) Ch. Féraud – revue africaine n°12 

(13) Etat de la ville à rapprocher avec son aspect des suites de la bataille livrée contre les Espagnoles en 1509 

(14) El Miansour (1089-11014) succédant à son père En Nacer ne s'établit à Bougie qu'en 1090 ( il était demeuré à la Kelaâ). Il poursuivit l'œuvre de son père sans défaillance.

(15) Revue africaine, N°12 Article de C.L. Féraud

(16) Selon Ibn Khaldoun, le départ de~ populations de la Kelaâ débuta, pour· certains, dès l'apparition dans le voisinage des éléments précurseurs de la tribu des Benou-Hillal. La légende rapporte de la manière suivante les circonstances qui avaient amené Yala et sa famille à émigrer dans les Babor, région appelée aujourd'hui « Aït Yala-net-Zemmourine».



Yala avait un jardin aux portes de la ville où il cueillait le raisin de sa vigne en cet été de 1061. Le transport se faisait à dos d'âne dans des choiris. Habituée au même chemin, la monture regagnait seule le domicile où l'attendait le fils qui déchargeait le fardeau. L'âne revenait au jardin où Yala et ses autres enfants accomplissaient leur tâche. Le va-et-vient se faisait sans encombre. Les gens habituées à la discipline imposée par le prince El Mansour, étaient correctes, honnêtes, respectueuses des biens d'autrui, ce qui faisait de la capitale un havre de paix et de prospérité. Au cours de ce va-et-vient, l'âne, un jour, tarda à revenir. Yala, inquiet « reprit le chemin habituellement suivi par sa monture. A quelques pas de là, « il le vit arrêté, la charge en déséquilibre. Quelqu'un s'étant donc « amusé» « à perdre quelques grappes de raisin fit pencher la charge qui obligea la « bête à s'arrêter, Après avoir rétabli l'équilibre, Yala reconduisit l'âne à la « maison. Mais non loin des remparts, il vit des individus étranges qui « s'apprêtaient à camper au milieu de leurs chameaux, Il ne douta plus des « auteurs du vol de son raisin. 

Le soir, quand tous les siens étaient rentrés, il tint un conseil de famille « pour discuter des événements de la journée et des mesures effrayantes « qui circulaient sur les nouveaux arrivés. Après que chacun ait donné son « avis sur l'attitude à prendre en la circonstance, Yala exprima le sien en ces « termes: « l'homme au méhari dont on avait vaguement entendu parler est sous « nos murs, d'un moment à l'autre, nous risquons d'être ses victimes, son « geste d'aujourd'hui atteste qu'il est sans scrupule et qu'il ne respectera « pas le bien d'autrui, il faut avant qu'il soit trop tard quitter ces lieux, et « pour ne point éveiller l'attention des voisins, nous allons faire semblant de « nous disputer et décider, sous le mouvement de la colère, la vente de nos « biens à l'exception de la maison. Quant au troupeau, il partira dès l'aube et « nous attendra à une journée de marche vers le nord.

Le lendemain tout se passa comme prévu, et, la nuit tombante, rien ne « manquait pour le départ, Au moment où tout le monde dormait, que la ville « était déserte, Yala et ses gens quittèrent pour toujours la Kelaâ, Au matin, « les voisins s'étonnant du silence qui régnait dans la maison, forcèrent la porte. « Les chambres étaient vides, quelques objets sans valeur gisaient ça et ià, « On remarqua cependant dans un coin un Gassaâ (plat en bois). Quand « on la souleva on découvrit deux pigeons : l'un après quelques mouvements « s'envola, l'autre se blottit dans un coin. On s'aperçut qu'il portait quelque « chose au cou ; c'était un pli portant l'inscription suivante : « Celui qui a « des ailes s'envole, celui qui en est dépourvu reste à la merci du premier « venu». Il faisait allusion à l'intrusion des nouveaux étrangers et conseillait « à ceux qui étaient conscients du danger de quitter le pays alors qu'il était encore temps.

Après quelques jours de marche, Yala et sa famille campèrent au bord « de la rivière Chertioua, au nord de Bordj Bou Arreridj, mais ce lieu n'offrait « pas les garanties suffisantes de sécurité et de viabilité : de l'eau tiède, « des moustiques pas d'abri sûr Contre un éventuel ennemi. " chargea donc son berger de repérer dans la montagne un erdroit de conditions avantageuses. Ce fut grâce à 1'un des ces boucs appelé « Abadh» qu'il trouva une « clairière bien abritée, facile à défendre, au bas de laquelle coulait une source fraîche et abondante ou sa bête venait se désaltérer aux heures chaudes de la journée. Yala s'y établie et prospéra.


(17) En 1248, à la suite de la prise de Séville par Ferdinand III (12 Novembre1248), de nombreuses familles, parmi les plus aisées, vinrent s'établir en Afrique du Nord. La famille Ibn Khaldoun parmi tant d'autres, s'installa à Tunis où certains de ses membres furent investis de hautes fonctions dans l'Administration civile et militaire, A Bejaia, l'Emir Hafside en recueillit un certain nombre de ces Andalous qu'il utilisa en son service. Il faut noter que de nombreux Andalous avaient déjà quitté l'Espagne et s'étaient établis au Maghreb. Cet exode s'accentua avec les échecs des Emirs Andalous faces aux rois Chrétiens, particulièrement après la défaite désastreuse des Almohades le 16 Juillet 1212 à Las Navas de Tolosa. Cordoue elle-même ne résista plus est ses habitants durent émigrer à Grenade, Malaqa et en Afrique du Nord à partir de 1236 quand le roi Ferdinand s'y établit. 

(18) Sanhadja = région connue à Bougie. Beni Toudjin = Village de Toudjin
(19) Abou Mohamed Ben Othman Tlili, prédicateur de la gronde mosquée, raconte que dans la journée du 25 de moharem le nombre de victimes s'éleva à quatre mille cinq cent cinquante gisant dans l'espace compris entre les deux portes de la ville. La veille de l'entrée des Espagnols à Bejaia tous les rescapés quittèrent la ville, une partie se réfugia dans les montagnes du côté de Djiidjelli, cette Montagne prit depuis, le nom de Djebel Béni-Miad. On dit que lorsque les Bougiotes s'éloignèrent de leur ville, ils marchèrent tous groupés,.en masse, les arabes les appelèrent alors El Mïad (réunion d'homme) et ce nom est resté à la montagne dans laquelle ils se réfugièrent. D'autre allèrent chez les Zouaoua, d'autres chez les Béni-Yala el Adjissa... 

D'après le manuscrit de El Merini traduit et reproduit par C.L. Feraud dans la revue africaine n°71 (12é année).

(20) Un incident fut le prétexte ou le signal d'un horrible massacre. 60 vieillards (Rue du Vieillard) quelques femmes et enfants furent sauvés. Tout le reste avait fui ou était mort les armes à la main. Ainsi Bougie dont la population à notre arrivée était d'environ 1500 à 2000 âmes, subit à peu près toutes les conditions d'un enlèvement de vive force et les conséquences d'une ville prise d'assaut. Recueil de la province de Constantine p327

El Mérini ajoute: Abou Said Ben Ahmed Taleb Zenati, secrétaire de l'Emir Mofok m'a montré une lettre dans laquelle le chef des chrétiens disait que les anciens habitants rentrés à bougie s'élevaient au nombre d'environ huit mille, y compris les hommes, les femmes et les enfants. Même référence que ci-dessus. 

( 21) Histoire des Berbères T.II, p. 571

( 22 ) Auguste Cour.- L'établissement des Dynasties des Chorfa au Maroc, p. 8.
( 23) Marmol - Description de l'A. du Nord, p.12.

( 1 ) Toutes les confréries ont pour adhérents (Khouan) des Berbères en grande majorité
(24) A partir de 1625-1626. la famille Bel Kadi (ancien roi de Koukou) est connu sous le nom de Oulad Bou Khettouch. Les descendants de Bou Khettouch existent encore à Tamda, à Djemâa Sahridj et à Souama, ils disposent d'un certain nombre de documents attestant cette ascendance. La fille de Amar Bel Kadi Ben Khettouch marié avec Si Chérif Boutouch des Aït Boutouch de la tribu des Aït Idhourar eut un fils qui devint plus tard Caïd du Sebaou et Bey du Tittri. Ses descendants s'étaient établis à Blida. Revue africaine T7, p. 293 p.8, p.365

(25) Le Caïd Mohamed Ben Ali fut appelé Mohamed Debbah (l'égorgeur) en raison de sa cruauté. Il fit égorger, dit-on, plus de 1200 kabyles, faits prisonniers au cours des campagnes dans la région

(27) On exploitait: 

1) les mines de fer. situées entre Berbacha et les Béni-Slimane 

2) les mines de fer des. Béni-Slimane près de Kombita

3) Ies mines de plomb argentifère, chez Ies Béni-Djelil

4) Minerai de cuivre près de Toudja. Recueil des notices et mémoires de la

province de Constantine p. 120 

(28) Le représentant de la nation étrangère était le consul. Les consuls résidaient au milieu de leurs nationaux et de leurs marchandises, au fondouk même dont la surveillance leurs appartenait. Ils étaient à la nomination de l'autorités leur pays. Les traités leur reconnaissaient le droit de voir le sultan une fois au moins par mois, et de lui exposer les doléances et les observations de leurs nationaux. Conformément aux conventions, ils étaient assistés d'un interprète (Dorgman) choisi et payé par leurs soins, le même interprète intervient auprès des services de la douane pour toute les opérations. 

Les fondouks étaient des établissements destinés à l'habitation des nations chrétiennes, à la garde et à la vente de leurs marchandises. Ils étaient situés, soit dans l'intérieur de la ville, où ils formaient un quartier à part, soit dans un faubourg et tout à fait en dehors de la ville arabe. Un mur en pierres ou en pisé séparait complètement le fondouk de chaque nation des établissements voisins. Ces établissement renfermaient un cimetière et une église ou une chapelle, dans laquelle les chrétiens étaient libres de « célébrer tous les offices. Le curé pisan de Bougie dépendait de l'archevêque de Pise. 

La police du fondouk appartenait absolument au consul de la nation. Des portiers, généralement des indigènes, étaient préposés à l'entrée et avaient le droit de refuser le passage à tout individu chrétien ou musulman, suspect ou non autorisé du consul, à moins qu'il ne fût accompagné de l'un des Dorgman ou employés de la douane. Sous aucun prétexte, les officiers musulmans ne devaient entrer d'autorité dans le fondouk, s'y livrer à des perquisitions ou en extraire un sujet chrétien. Quand il y avait lieu d'agir contre un membre ou un protégé de la nation, l'autorité musulmane devait s'entendre avec le consul. 
En cas de sinistre, les traités et l'usage du Maghreb obligeaient les gens du pays à porter secours aux bâtiments en péril ou jetés à la côte, à respecter les naufragés, et à les aider dans leur sauvetage, et à garder, sous leur propre responsabilité toutes les marchandises, épaves et personnes préservées au désastre, La police des ports était placée dans les contributions du directeur de la douane. Le droit général sur les imputations des nations alliées, c'est-à-dire liées par des traités avec les Emirs, fût de 10 % , il varia peu. Les droits d'exportation étaient à peu près les mêmes.

Dès qu'un navire chrétien entrait dans le port, les douaniers se présentaient, Ils enlevaient, selon la bonne coutume, les voiles, les agrès et le gouvernail, pour empêcher le capitaine de partir avant d'avoir, acquittées les droits. On estimait ensuite la cargaison et le Ie bâtiment lui·même, qui était toujours gardé à vue. sans une autorisation spéciale, qui était rendue à la douane, les marchands ne pouvaient pas charger et décharger leur navires et leurs propres barques. 
Recueil des notices et mémoires de la province de Constantine (Région de Bougie) p. 222-224. 

(29) Consulter le livre de M. Rabah Bounar « Ounouan dirassa» SNED 1970. Il s'agit d'une biographie des personnalités les plus marquantes de Bougie à l'époque des Béni-Hammad.

 

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