Souk-oufella-copie-1.jpgSOUK OUFELLA (BÉJAÏA)

Les habitants du village d’Aourir, juché sur les hauteurs de la commune de Souk Oufella (Chemini), ont décidé, cette année, de commémorer dans l’honneur et la dignité, le 57e anniversaire de la destruction par l’armée coloniale de leur hameau, en élaborant un programme de festivités aussi riche que varié.

Cette commémoration, qui entre aussi dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance, comme le soulignent les organisateurs, vise à inculquer à la jeune génération les douloureux événements qu’a vécus la population d’Aourir pendant la guerre de libération nationale.

Ainsi, la date fatidique du 9 juin 1956, où les forces coloniales avaient incendié toutes les habitations du village, restera gravée à jamais dans la mémoire collective de la tribu des Ath Ouaghlis. Le coup d’envoi de cette journée commémorative a eu lieu vers 10h, à la placette du village, où une gerbe de fleurs a été déposée, à titre symbolique, à la mémoire de l’ensemble des martyrs de la révolution.

La cérémonie a vu la présence d’une foule nombreuse, composée essentiellement de membres de la famille révolutionnaire (ONM, Onec, Onem…) et des représentants des autorités locales, dont le chef de la daïra de Chemini et le maire de Souk Oufella. Ces derniers, interpellés par de jeunes animateurs du mouvement associatif local, se sont engagés à satisfaire leurs principales revendications, à savoir la réalisation d’une stèle commémorative en l’honneur des martyrs de la révolution à la placette du village et la prise en charge rapide et effective des dossiers des habitants d’Aourir désirant réhabiliter ou reconstruire leurs maisons détruites pendant la guerre de libération nationale.

L’assistance sera ensuite invitée à visiter l’exposition organisée pour la circonstance au siège de l’association socioculturelle d’Aourir. Des portraits des martyrs du village, des articles de presse, des livres d’histoire et autres documents ayant trait à la révolution algérienne constituent les principaux éléments de cette exposition. Mohand Saïd Chelbi, un ex-officier de l’ALN natif du village, a été invité par les organisateurs à prendre la parole pour expliquer aux présents le rôle qu’avait joué Aourir pendant la guerre de libération. Après avoir rappelé que son village fut déjà incendié en 1852 pour le refus de ses habitants d’obtempérer aux ordres coloniaux, Aourir, qui venait de renaître de ses cendres tel un phénix, a fini par subir le même sort le 9 juin 1956. “C’est un acte de représailles que nous a fait subir l’armée coloniale suite à l’attaque du poste de Souk Oufella, qui s’est soldée par la mort de cinq soldats français, dont un officier”, a-t-il précisé. Cet ancien maquisard, qui avait participé à plusieurs opérations militaires menées par les forces de l’ALN dans la région de la Soummam, se souviendra, les larmes aux yeux, de l’une des batailles meurtrières qui avait eu lieu en novembre 1961 dans la forêt d’Akfadou, où l’un de ses compagnons d’armes, le défunt Mohand Seghir Lasnami, lui aussi originaire d’Aourir, est tombé au champ d’honneur. “C’est le dernier martyr de notre village”, a-t-il conclu d’une voix essoufflée sous l’effet de l’émotion. Pour sa part, Nadir Hamouche, l’un des jeunes organisateurs de cette journée commémorative, a tenu à rappeler à l’assistance qu’“au-delà de son rôle important durant la révolution, le village d’Aourir a également enfanté bon nombre de cadres et d’éminentes personnalités ayant marqué l’histoire de l’Algérie indépendante. Il citera, à titre d’exemple, Mohand Saïd Hanouz, l’un des membres fondateurs de l’académie berbère de Paris, dont il était président ; Cherif Souami, grand militant de la cause amazighe et ancien membre du Haut commissariat à l’amazighité (HCA), et Hachemi Souami, l’ancien journaliste-vedette du journal télévisé en langue française, devenu ensuite député de l’émigration… Avant d’ajouter que l’hôpital de Kherrata porte aujourd’hui le nom des frères Hanouz, natifs aussi d’Aourir. Ce sont les victimes des douloureux événements du 8 mai 1945, où elles furent jetées dans les ravins des gorges de Kherrata”. L’orateur conclura son intervention en déclarant : “Les ruines de notre village, généralement gardées et respectées, seront conservées religieusement afin de servir d’illustration aux générations futures qui apprendront la plus belle page de notre histoire. Une plaque toute simple, mais émouvante, portant les noms de nos glorieux chouhada, dont une femme, leur apprendra ainsi le lourd tribut de sang payé par Aourir au droit à la dignité et la liberté.” A noter que des activités sportives et culturelles, telles que des exhibitions de karaté, des conférences-témoignages sur l’histoire de la guerre d’Algérie, un tournoi de tennis de table, un récital poétique, des chorales et des chants patriotiques… ont marqué ce rendez-vous avec l’histoire. Une cérémonie de remise de prix et de diplômes d’honneur aux lauréats a été organisée en guise de clôture de cette journée hautement symbolique.

 K O

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