Commencée en 371 la révolte de Firmus constitue, de l’avis de tous les commentateurs, une « insurrection formidable » qui ébranle profondément l’empire africain de Rome.
Jusque-là les soulèvements avaient intéressé surtout les tribus nomades refoulées vers le sud ou dépossédées de leurs terrains de parcours, et les circoncellions localisés essentiellement en Numidie. Cette fois les grandes tribus montagnardes sortent de leurs bastions et descendent dans la plaine. Dirigée par une grande famille princière, bénéficiant de soutiens puissants dans les rangs des forces supplétives romaines, elles vont rassembler autour d’elles la masse énorme des mécontents et des paysans sans terre et essayer de reconstituer un Etat indépendant.
Le centre de gravité de la lutte se déplace. Il quitte le Constantinois, morcelé par la forte implantation coloniale, pour fixer plus à l’ouest, au centre de la province dite maurétanienne, aux abords de la Mitidja d’aujourd’hui : la tribu de Firmus semble localisée au pied du Djurdjura, entre Lakhdaria et Tizi-ouzou. Firmus, dont le nom a été latinisé était fils du chef kabyle Nubel, dont le château s’élevait au col de Ben-Aïcha, près de Thenia (Ménerville). Les autres tribus insurgées, aux dires des chroniqueurs de l’époque, et pour autant qu’on puisse se retrouver dans l’étymologie latine qui leur était appliquée, sont :
_Les Jubalenses et les Isaflenses (Djurdjura)
_Les Tydenses et les Massinissenses (Vallée de la Soummam)
_Les Jesalenses (Titteri)
_Les Mazices (Zaccar et Ouarsenis)
_Les Muçones (Bibans)
_Les Caprarienses (Hodna) etc…
Comment on le voit, l’aire territoriale de la révolte était considérable et débordait largement les frontières de l’Algérois. On en a une preuve supplémentaire dans la liste des villes occupées par les insurgés : Icosium (Alger), Césarée (Cherchell), Cartennae (Ténès) etc…De même on sait avec certitude (1) que des combats ont eu lieu dans les régions de Sétif, Zuccabor (Miliana), Castellum Tingitanum (El-Asnam) et Auzia (Sour El Ghozlane). On sait aussi que le nom de Firmus a figuré dans une inscription découverte à Guelma.
On sait enfin que lorsque l’empereur Valentinien désigna pour combattre Firmus son meilleur chef militaire, le général Théodose, ce dernier débarqua avec ses troupes dans la région d’Igilgili (Djidjel) et établit son quartier-général près de Sétif.
On sait peu de choses par contre sur les aspects sociaux de l’insurrection. Le récit d’Ammien Marcellin, qui est notre principale source d’information à ce sujet, se préoccupe surtout des évènements militaires. Nous apprenons ainsi qu’à Miliana, « Théodose rencontra deux corps appartenant à l’armée d’Afrique qui avaient embrassé le parti de Firmus : la 4ème cohorte des stagiaires et la légion Flavia ». Ce qui confirme l’importance des désertions dans les forces auxiliaires romaines.
Nous apprenons aussi que les chefs et les soldats capturés étaient mis à mort ou soumis à de cruels supplice ; que de nombreux villages étaient rasés ; que certaines régions étaient « pillées et dévastées pour punir les habitants de l’appui qu’ils avaient donné à l’ennemi de Rome ».
Peine perdue. Tous les témoignages confirment « l’attachement inébranlable des Maures pour Firmus », c'est-à-dire la profondeur du mouvement populaire de libération. Théodose se heurtait sur le plan militaire à des difficultés considérables :
« Ses soldats s’épouvantèrent devant ces Parthes de l’Afrique, ces Numides insaisissable, qu’ils dispersaient sans les vaincre, qui ne leur laissaient pas un moment de répit et qui, comme les insectes importuns de ces contrées, quand ils les avaient chassés loin d’eux, quand ils les croyaient en déroute, se trouvaient en un clin d’œil sur leur front, sur leur dos, sur les flancs ». (2)
On retrouve ainsi, à plusieurs siècles de distance, les caractéristiques essentielles des guerres de Jugurtha et de Tacfarinas, guerres de paysans insaisissables parce que mobiles, hardis cavaliers, connaissant parfaitement le terrain et attachés farouchement au territoire de leurs ancêtres.
Jouant habilement, selon leur habitude, sur les particularismes régionaux et les rivalités tribales, les Romains parviennent néanmoins, après trois ans de combats acharnés, à diviser les partisans de Firmus et à dresser contre ce dernier quelques-uns de ses plus fidèles alliés. Trahi par les uns, abandonné par les autres, pourchassés par les soldats de Théodose, le grand chef insurgé finit par se donner la mort en 375 pour échapper à la capture.
- Récit d’Ammien Marcellin, XXVII,6, 26
- Recherches sur l’histoire de la partie de ll’Arique septentrionale connue sous le nom de Régence d’Alger ; 1835 (Tome I,p. 31)
