Les statues du monument aux morts de Sidi Aich
Œuvre du sculpteur Paul Belmondo.


Depuis sa création, qui savait que le monument aux morts de Sidi- Aich était l'oeuvre de l'artiste Paul Belmondo qui était le père de l’artiste de cinéma Jean-Paul Belmondo. Une partie de l'édifice (sans les statues) est encore debout au même endroit, entre la mosquée et la nouvelle poste (datant de 1955) et face aux escaliers montants vers le tournant au centre duquel se trouve l’entrée de l’église avec un escalier à double rampe.
Le monument original avec ses deux statues a été inauguré en 1940 par George Le Beau, Gouverneur Général d'Algérie de l'époque. La cérémonie a été dirigée par l'administrateur civil de la commune mixte de l'époque Mr Vergoz et Mr Joseph Andréani président des anciens combattants (1914-1918).
Presque tous les gens du village étaient présents. Il y avait aussi Mr Delage et Mlle Bougrier, instituteur et institutrice des garçons et des filles respectivement.
Sur la plaque en bronze couleur vert-de- gris (en bas a droite) étaient inscrits et gravés en italique un P ou Paul ? Et Belmondo* dont je me souviens et quelque chose qui ressemblait a une main ?
Aux dessus étaient en bas-relief deux lignes : 1914-1918 et 1939-1945. A hauteur de l'épaule de la dame debout, sur deux lignes et en majuscules : "A" et dessous "NOS MORTS". Tout cela est encore si clair dans ma mémoire après plus d'un demi siècle, tout comme le bas-relief du haut, toujours en majuscules et sur deux lignes : «COMMUNE MIXTE" et «DE LA SOUMMAM".
Certains détails ne pouvaient être vus que de très près et il fallait passer au dessus de l’une des cinq chaînes donnant accès au monument. Seule celle du centre était amovible. En s'approchant de plus prés, on pouvait bien noter que la ligne du bas 1939 – 1945. a été ajoutée ajoutées après 1945 d'après Louise, fille de Mme Françoise et Da Ameziane Benshila(Atieth rham Rebbi) juste quelques mois avant une cérémonie spéciale de remise de médailles pour les parents des enfants (une douzaine d'Ath Waghlis) morts au front pour la France. Son frère François Said était tombé durant la bataille de la prise de Casserine en Février 1943. Les Benshila avaient le café " La Bretagne" au pont vers Timzaghra (la mission à l'époque). Au fait, même en 2007, ce café qui existe toujours est encore connu sous le nom «La Bretagne".
Hélas, pour l'histoire, je ne sais ce que sont devenues ces statues uniques**. Une chose est certaine, le monument n'a pas été vandalisé en juillet 1962. Je me rappelle très bien qu’il était encore intact début d'Août 1962 lors d'une certaine manifestation devant le monument et a laquelle j'étais présent. J'avais même, pour l'occasion, signalé à mes copains du village que les gens de Sidi- Aich étaient plus tolérants qu'ailleurs dans toute la vallée et la région .ou certains édifices (monuments…, et même une église) ont été vandalisés.
Que sont devenues ces statues dont les détails fascinaient le petit garçon que j'étais en ces débuts de ces années 1950 ? Je me rappelle encore tous ces jeux sur les lieux et les environs : se balancer sur les chaînes, se cacher derrière les arbustes ou les parapets des escaliers, juste en face et montant vers l'église ou encore mes fuites a toutes jambes vers le "Square" et le mur de la mosquée juste a coté...! Je me rappelle aussi, oh combien de fois, étant seul ou que personne ne voulait jouer, je faisais et refaisais, presque avec le même rituel, l’exploration de ce monument.
Il m’arrivait de suivre avec mon petit indexe les lettres "P" et «B" de l'auteur et les chiffres engravés juste au dessus, ou tout simplement rester contemplatif devant ces statues...Les mains croisées de la femme debout, les comptes et recomptes des plis de sa robe et bien sure les détails de la femme assise en tailleur, qui ressemblait beaucoup à ma grand-mère paternelle (Setsi Ferroudja…. (Atsir ham Rebbi !). Comme elle, elle avait le visage rond et un nez aquilin et deux rides sur le front, un foulard noué sur la tête avec le double noeud traditionnel sur le coté droit, la forme et presque les même plis de cette écharpe kabyle dite «Baléta" portée au dessus de ses épaules…. et surtout la manière dont les bouts étaient épinglés sur chaque coté de sa poitrine avec chacune de ses boucles berbères dites "Tifzimines"....


Ah ces statues...! Que de souvenirs après plus d'un demi siècle, Certains encore bien précis malgré 39 ans d'exil...!
Depuis les bords de cet océan découvert par Vasco Muñez de Balbo en 1513 qui borde ces terres baptisées "Nouveau Monde" après l'an de grâce 1492,
Roger Djafar


                                                         Notes :

* 1940 et date (jour et mois) non précisée d'après ma soeur Myriam.
En effet Myriam avait a peine 13 ans le jour de la cérémonie avec "les grandes" de l'école des filles. Mlle Bougrier (L’Institutrice de l'époque) avait donné à chaque fille un petit drapeau tricolore et leur dit : «Qu'il faudra bien chanter aujourd'hui car un Monsieur Le Beau va venir spécialement d'Alger". (Elle s'en rappelle encore car elle m’a même raconté qu'elle avait compris.»Le beau : c’est a dire le joli...sens «Ouchvih en Kabyle" et qu'elle a été déçue, comme petite fille de ne pas avoir vu le prince charmant).

Da Ameziane BENSHILA (Ath irham Rebbi) était un ami de la famille. Il était marié a une française et avait le café "Bretagne" au pont vers Timzaghra (la mission a l'époque). Au fait, même en 2007, ce café qui existe toujours est encore connu sous le nom "La Bretagne".
**. Qui savait que c'était une oeuvre du père de Jean Paul, la vedette de cinéma ? Pour être honnête, moi-même ne le savais pas je n'ose point cacher mon ignorance car je n'ai jamais fait le lien entre l'auteur de ces statues et l'artiste de cinéma, jusqu'à il y a quelques années et grâce a Internet. En tout cas, j’étais en admiration devant les premières lettres. C'était au temps ou j’apprenais a écrire et j'avais des difficultés avec les majuscules et former de si belles boucles. J'aimais souvent suivre les lettres "P" et "B» avec mon petit index droit comme pour n'entraîner à bien écrire.
***Il y a eu un meeting (et manifestations) juste une semaine après le coup de force de l’armée des frontières (3 Août 1962...et oh. Comment oublier cette date !). J’étais à Sidi Aich et présent à ce rassemblement qui s'est tenu précisément devant ce monument avec ses statues intactes, toujours au même endroit entre la mosquée et la nouvelle poste, face aux escaliers montant vers le tournant de l'Eglise. Il y avait presque 200 personnes de tout le douar d'Ath Waghlis. Chose unique de la réunion a l'époque, il y a eu une jeune femme (D'Ait Daoud ou de Izghad ?) qui, du haut des escaliers dominant le monument a pris la parole. Dans un Kabyle simple, elle était si éloquente et si "Ad Hoc" de la situation de l'époque et de son grand désir de la paix.
Beaucoup, y compris moi-même, ont eu le bec littéralement cloué !

 

 

Tag(s) : #HISTOIRE

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